Société :  Elle a fait un bébé toute seule

Société : Elle a fait un bébé toute seule

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Peu de choix s’offrent en France à une femme célibataire qui désire un enfant. L’adoption est très compliquée et l’insémination artificielle réservée aux couples ayant des difficultés à concevoir un bébé. Aude, 42 ans, n’a pas hésité à défier la loi française et s’est rendue en Belgique pour réaliser son rêve de maternité.

En ce samedi d’automne pluvieux, un petit rayon de soleil fait son apparition dans le confortable appartement parisien d’Aude : « je te présente Lana ». Sa fille fête aujourd’hui ses deux mois. Tout en changeant les couches du bébé sur le plan de travail de la cuisine  - « c’est tellement plus pratique » – la jeune maman réajuste son pantalon devenu trop grand. « J’avais l’obsession d’être mère depuis toujours. A 28 ans, j’ai réalisé que cela pouvait ne pas arriver. »

Un job d’ingénieur dans les télécom qui la fait voyager dans le monde entier, des aventures sentimentales passagères, Aude mène, jusqu’à ses 30 ans, la vie d’une femme indépendante. Mais, l’essentiel lui manque et la conduit à souffrir d’une dépression : « j’ai mis des années avant de réaliser que j’avais besoin d’être soignée. Ma psy m’a sauvée ! »
A 35 ans, guérie et très motivée, elle se lance à la conquête de l’amour. Sites internet, dîners de célibataires, speedatings… « J’ai tout essayé, en vain. » A 39 ans, nouvelles rencontres de deux hommes. Le premier lui avoue, au premier rendez-vous, sa stérilité ; le second, déjà père, ne veut plus d’enfant. C’est le déclic : « je suis une scientifique, je marche avec les probabilités. C’était trop risqué de lier mon désir de maternité à une histoire d’amour. J’ai alors décidé de faire un bébé toute seule. »

Pour une célibataire, en France, la fécondation artificielle n’est pas autorisée. Elle l’est, par contre, en Belgique. Sa belle-sœur, originaire de la Flandre, lui présente un spécialiste de la fertilité. Après une série d’examens, elle est apte à être inséminée et  commence à jongler entre jours de travail, horaires du Thalys et courbes d’ovulation. « Je devais être prête à partir du jour au lendemain. Une fois, je me rappelle être dans le train pour Toulouse, avec des collègues. Je reçois un appel du médecin. Je suis descendue au premier arrêt, sans avertir personne, et me suis rendue immédiatement en Belgique. » Une attitude qu’elle expliquera par la suite à son patron qui s’est montré très compréhensif.

La jeune femme tombe vite enceinte mais, à cinq mois, une malformation de l’enfant est détectée. Aude ne le gardera pas. Peu après, elle subit une grossesse extra utérine : « j’ai craqué, cru mourir. Mais, je m’accrochais à l’idée que j’étais très fertile. Rien ne pouvait m’arrêter ! » Fin octobre 2011, troisième grossesse. A l’échographie, l’obstétricien n’entend pas le cœur du fœtus ; deuxième examen, il est vivant mais aurait une anomalie. « Je ne me suis jamais autant mal sentie de ma vie. » Nouvelles analyses. « Epuisement nerveux et moral… » Au final, le bébé se porte bien et après cette série d’épreuves, elle accouche, enfin, d’une jolie fillette.

Lovée dans le canapé du salon, Lana assoupie dans ses bras, Aude porte le sourire de la femme apaisée. Et qui a gardé son pragmatisme : « ignorer qui est son père risque un jour d’être un problème. Mais j’ai décidé de passer au-dessus de ça. La figure paternelle, elle pourra la retrouver dans notre entourage, familial ou amical. Et je n’exclus pas l’idée d’avoir un chéri, un jour ! » Je dirai à Lana la vérité : « ton papa, tu ne le connaîtras jamais. Mais il a voulu que tu naisses, il a donné son sperme. » Elle conclut en éclatant de rire : « comme dit ma prof de yoga, il ne faut jamais sous-estimer le pouvoir de l’intention. »

 Les prénoms ont été changés.

 

 

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